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10 ans qu’on sème

Refonder la représentation professionnelle

En 1996 “Mouvement” s’est donné pour objet de refonder
la représentation des architectes et a choisi d’agir au niveau
des structures ordinales existantes, convaincu que le terrain
démocratique est la meilleure clef pour ouvrir les fenêtres.
L’organisation professionnelle que nous proposons cherche
avec constance à poursuivre les objectifs qu’elle s’est fixés.
La question de la représentation professionnelle n’est
pas un but en soi. Elle n’a de sens qu’articulée à une
vision culturelle du métier d’architecte. Notre «intérêt»
pour l’institution ordinale ne peut être dissociée de notre
action dans les autres domaines professionnels.
C’est bien cette vision, éclairée par 10 années de réflexion
et de débats que défendent les élus de “Mouvement”
au sein du Conseil Régional de l’Ordre des Architectes.

Diversifier les pratiques de nos métiers

La diversité des pratiques, y compris en dehors de
la Maîtrise d’oeuvre, s’est accrue au cours des dernières
années et il est souhaitable qu’elle s’accroisse encore
pour au moins deux raisons :
- Pour que nos formations soient reconnues et prennent
les places qui lui reviennent dans tous les postes et
missions relatifs à l’aménagement du cadre de vie,
- Pour que la culture architecturale s’élargisse dans
différents milieux de la vie économique et alimente
la demande en architecture.
Nous proposons que les statuts des architectes exerçant
autrement qu’au sein de la Maîtrise d’oeuvre soient
identifiés et définis, non pas en termes de modes de
rémunération ou de statut contractuel, mais en fonction
de leur responsabilité professionnelle et de la propriété
intellectuelle. Tous les architectes qui concourent à un titre
ou à un autre, et quelque soit leur mode d’exercice, à la
production du cadre bâti et à l’aménagement de l’espace
doivent voir leur statut d’architecte reconnu et partagé au
sein d’un ordre, ou d’une organisation, unique.

Ne pas laisser kidnapper le port du titre

Il n’est pas acceptable que l’habilitation à la Maîtrise
d’oeuvre (HMO) puisse d’une manière ou d’une autre servir
à dévaloriser le diplôme d’architecte. On confondrait là deux
notions : reconnaissance d’une compétence et autorisation
d’exercice.
Mouvement soutient la position du Conseil Régional d’Ilede-
France qui reconnaît que le titulaire d’un diplôme d’Etat
d’architecte a toutes compétences pour concevoir et
réaliser un projet architectural et urbain. En s’inscrivant
au tableau de l’Ordre, il peut porter le titre d’architecte,
avec ou sans exercice, selon la voie professionnelle qu’il
aura choisie.
L’habilitation à la maîtrise d’oeuvre n’étant que l’acquisition
de compétences juridiques, règlementaires, gestion
d’agence, etc… assortie de la validation d’une expérience
professionnelle, doit se situer au niveau post-diplôme au
même titre que les masters spécialisés et les doctorats dans
le cursus des écoles d’architecture. - Ni dans le cadre des 5
premières années, ni dans le cadre de la formation continue.-
Elle doit être l’occasion d’une ouverture vers des disciplines
connexes et vers l’Europe.
L’expérience acquise au sein des agences doit rester le fruit
d’un véritable emploi, et non le fruit de prétendus stages,
système qui favorise la mise en place d’emplois au rabais.

Redéfinir la Maîtrise d’oeuvre

L’énumération des partenaires de l’architecte tend à
augmenter régulièrement : de plus en plus de professions
sont présentes dans l’élaboration du projet (ingénieur-conseil,
économiste, paysagiste, acousticien, cuisiniste, urbaniste,
coloriste, et autre HQE, SSI, CSPS, programmiste...)
Ces acteurs participent aujourd’hui pleinement dans la définition
du projet, complexifient le rôle de synthèse attribué
traditionnellement à l’architecte, et ont une responsabilité
globale sur le résultat du travail.
La maîtrise d’oeuvre n’est plus maîtrisée par l’architecte
seul. Elle doit donc revoir sa définition en associant tous les
corps de métier responsables de la maîtrise de construction
d’une oeuvre. Un dispositif législatif est nécessaire pour
intéresser culturellement et associer juridiquement un certain
nombre de professionnels à l’élaboration du cadre de
vie, à l’ensemble du processus qui va de la conception à la
réalisation, tout en réaffirmant la capacité de l’architecte à
assurer la cohérence de la synthèse architecturale.
Pour “Mouvement”, il n’y a pas de maîtrise d’oeuvre sans
architecte. Cela signifie, sans ambiguïté possible, qu’il n’y
a pas de mission de création ou d’aménagement d’un espace
à vivre qui ne nécessite l’intervention d’un architecte.

Creuser le champ de l’intérêt public de l’architecture

L’architecture est une offre culturelle en même temps
qu’une prestation de service dite d’intérêt public, puisque
chaque construction intéresse le territoire. Elle ne peut souffrir
d’exception et concerne tous les ouvrages, publics ou
privés, urbains ou ruraux. Nous devons affirmer cette réalité
et l’exigence de la traiter avec soin. Nous devons rappeler
que l’architecte exerce son métier pour que s’accomplissent
les conditions d’un cadre de vie de qualité qui elle-même
est une réponse à une demande sociale d’intérêt public.
A l’égal du concept de «santé publique», dans sa dimension
«préventive», devrait exister un concept spécifique de
«cadre de vie qualifiant», et dont l’architecture serait l’une
des conditions essentielles. Notre profession n’aura plus
aucun mal à se faire entendre lorsque le service d’intérêt
collectif que nous rendons sera compris par tous.

Développer la Maison de l’Architecture

Créée à l’initiative des élus de “Mouvement”, la Maison de
l’architecture en Ile de France est un lieu qui permet notamment
d’organiser des débats de qualité et de faire mieux
connaître au grand public et aux Maîtres d’Ouvrages le
service qu’apporte l’architecte.
Elle organise des ateliers qui apportent à l’architecte une
aide sur tous les aspects de sa profession (atelier juridique,
aide au contrat, assistance informatique, etc...)
La création d’une Maison de l’Architecture qui informe, qui
renseigne et qui rende service à l’architecte n’est pas achevée
: elle doit continuer son mouvement, former à une
meilleure compréhension de la qualité architecturale, à une
meilleure compréhension de nos missions, et regrouper
tous les architectes indépendamment de leur statut.
Chaque architecte doit pouvoir se reconnaître dans cette
maison parce qu’elle défend les prérogatives culturelles
et pratiques de notre profession. Il faut consolider la mise
en place d’un réseau de services partagés pour faciliter la
vie quotidienne des agences, mieux insérer les architectes
dans le tissu économique et social, renforcer les liens de
solidarité entre les architectes au travers des différents modes
d’exercices.

Développer le Café des Architectes en observatoire permanent des institutions

“Mouvement” jouant son rôle d’agitateur a suscité un large
débat et permis d’imaginer comment les architectes, «plus
solidaires et moins solitaires» pourraient agir ensemble.
Ensemble, c’est la raison du choix associatif de “Mouvement”,
fait pour être ouvert aux salariés, aux professions
libérales ou à ceux travaillant dans la fonction publique, et
repérer, caractériser les différentes pratiques, leurs évolutions,
leurs difficultés.
Dès 1996, “Mouvement” a engagé la concrétisation de ces
objectifs avec le Café des architectes l’un des rares lieux
de débats indépendants, ouverts à la réflexion sur toutes
les dimensions culturelles et matérielles de notre profession.
Depuis 10 ans, nous nous attachons à explorer par le
dialogue et le débat les sujets d’actualité les plus variés
touchant à l’aménagement de l’espace et du cadre de vie et
ce, en priorité, avec nos partenaires privilégiés, les maîtres
d’ouvrage et les pouvoirs publics.
“Mouvement”doit développer l’idée d’un observatoire de
veille pour suivre avec vigilance l’évolution des politiques
architecturales et créer le cadre de réflexions capables de
nourrir ou de critiquer celles dirigées par les institutions.

Réformer l’enseignement de l’Architecture

L’enseignement fonctionne encore souvent sur un système
basé sur la notoriété d’une personnalité émergente
(à l’image du patron dans l’ancienne école des beaux arts)
qui favorise une idée élitiste de l’architecture.
Cette perception de l’enseignement constitue un frein au
développement d’un contenu plus précis qui diminuerait la
distance entre l’enseignement théorique et la réalité pratique
pour coller aux évolutions mondiales en cours.
“Mouvement”se félicite qu’après 18 ans de négociation,
la reconnaissance mutuelle des diplômes à l’intérieur de
l’Europe se fasse jour. Néanmoins, l’extrême hétérogénéité
des connaissances nécessaires à l’exercice de la profession
se heurte à la volonté de «l’équilibre entre les aspects
théoriques et pratiques de la formation » prônée par la
Directive Européenne : un long chemin reste à faire pour
créer cet équilibre!
La diversification des métiers de l’architecture doit être
le résultat d’un véritable projet collectif porté par l’ensemble
des écoles : là aussi un grand boulevard est à
tracer.

Favoriser l’accès à la commande des jeunes architectes

“Mouvement” milite pour aider les agences et les jeunes
architectes à s’installer et à comprendre les mécanismes
de la commande. Bien sur, “Mouvement” a proposé d’inclure
obligatoirement dans toutes les consultations inférieures
à un certain seuil de travaux, un architecte ou une
équipe n’ayant pas ou peu construit.
Mais la question est juste un murmure :
«Comment faire pour que les jeunes architectes puissent
être, non pas des visiteurs des agences, mais des habitants
des agences, intégrer et renouveler les équipes dans
lesquelles ils travaillent?»
“Mouvement” soutient que c’est aussi aux architectes
de savoir assurer leur propre renouvellement, défend
un «aggiornamento» de la profession, et moins d’individualisme.
Il lance quelques pistes pour :
- Proposer une définition plus contemporaine du métier
d’architecte
- Moderniser les structures d’agence
- Regrouper les professions de la Maîtrise d’Oeuvre
- Créer l’offre et les conditions d’accès à de réels parcours
professionnels pour les jeunes architectes.
Toujours plus solidaires, moins solitaires...

Renforcer la transparence et la clarté des Institutions

En dehors de ses succès d’estime, l’architecture fait face à
un échec à se constituer en discipline jouissant d’une forte
reconnaissance au regard des champs culturels, sociaux
et économiques qu’elle recouvre.
En l’absence d’une doctrine claire, les lieux où se décident
les grandes orientations intéressant la profession
se trouvent éparpillés (Ministère de l’Equipement, Ministère
de la Culture, Ministère de l’Economie, 1er Ministre,
Ministère de l’Education, de l’Emploi...) et rendent difficile,
voire impossible, la capacité de mettre en oeuvre une politique
cohérente en la matière.
L’indécision de la puissance publique ne sera sans doute
pas tempérée par la décentralisation ou la construction
européenne, et les administrations continueront à prendre
des décisions pour lesquelles l’architecture et le cadre de
vie ne sont pas une préoccupation centrale.
Il est donc essentiel de lutter contre la dispersion des
lieux de décisions et c’est à travers nos instances professionnelles
que doit opérer le mouvement de clarté nécessaire
à l’évolution de nos métiers.